Les États-Unis, seul pays à voter contre un texte de l’ONU pour plus de droits des femmes : « Cela confirme que les femmes ne sont pas importantes pour Trump »

Pour la première fois en septante ans, les États membres des Nations Unies ne sont pas parvenus à trouver un consensus sur un texte commun visant à renforcer les droits des femmes. Les États-Unis ont été le seul pays à voter contre un texte appelant les pays à lutter contre la violence à l’égard des femmes, à renforcer l’égalité économique et à permettre aux femmes de participer davantage à la vie politique. « Pour la première fois depuis des décennies, un texte des Nations Unies défendant les droits des femmes n’est plus soutenu par tous les pays. C’est un dangereux pas en arrière », ajoute le ministre Beenders, présent au sommet. 

Les États-Unis ont voté contre, s’opposant ainsi officiellement à un texte international affirmant l’égalité des genres, la protection contre la violence envers les femmes et l’égalité des chances pour les femmes. Cette position des États-Unis s’inscrit dans un recul international plus global en matière de droits des femmes et des personnes LGBT, dont Trump prend la tête. Le fait que des principes fondamentaux évidents en matière de droits des femmes ne puissent plus compter sur le soutien des États-Unis est dramatique. 

Le ministre Rob Beenders réagit de manière particulièrement virulente à cette rupture historique : « Il est tout simplement choquant de constater qu’en 2026, les États-Unis, avec Trump, votent pour la première fois ouvertement contre un texte international sur les droits des femmes. Les États-Unis envoient ainsi un signal dangereux au reste du monde. » 

La Commission de la condition de la femme (CSW) – le principal organe des Nations Unies chargé de suivre les politiques mondiales en matière d’égalité des genres – s’efforce traditionnellement d’adopter ses conclusions par consensus. Cela a été le cas pendant 70 ans en ce qui concerne les droits des femmes, car ceux-ci étaient considérés comme un élément fondamental des droits humains. 

Ces dernières années, la résistance internationale contre les droits des personnes LGBT et l’égalité des genres s’est accrue. Mais selon le ministre Beenders, ce vote montre que l’attaque s’étend désormais explicitement aux droits des femmes. « Nous constatons malheureusement depuis longtemps déjà un recul des droits des personnes LGBT au niveau international. Mais le fait que les droits des femmes soient désormais également remis en question est une évolution particulièrement inquiétante. Ceux qui votent aujourd’hui contre les droits des femmes nous ramènent plusieurs décennies en arrière. » 

De plus, la situation des femmes et des filles est déjà sous pression dans le monde entier. Des centaines de millions de femmes vivent dans des zones de conflit et les signalements de violences sexuelles en situation de guerre sont à nouveau en forte augmentation. « Lorsque les droits fondamentaux sont menacés, nous devons faire entendre notre voix plus fort. La Belgique doit continuer à faire contrepoids avec les pays qui partagent les mêmes idées et à lutter pour les droits des femmes et des filles partout dans le monde. Les droits des femmes sont des droits humains. Cela ne peut faire aucun doute. » 

Le ministre Beenders appelle la communauté internationale à renforcer à nouveau la coopération multilatérale en matière d’égalité des genres et à ne pas permettre que les droits acquis soient progressivement érodés. 


 

Événement sur le féminicide 

En marge du sommet des Nations Unies, notre pays organise également un événement sur la législation en matière de féminicide. Il s’agit d’un événement important pour le ministre, surtout après la position adoptée par les États-Unis. Les chiffres internationaux montrent que la violence de genre est profondément enracinée dans le monde entier. Dans des pays comme l’Afghanistan et l’Iran, les droits des femmes sont gravement bafoués, mais dans des pays occidentaux comme les États-Unis, les droits des femmes sont à nouveau menacés. Le recul du droit à l’avortement, par exemple, montre que les droits ne sont jamais acquis.  

Selon les chiffres de l’ONU, 83 000 filles et femmes ont été délibérément assassinées en 2023, dont 60 % par un partenaire intime ou un membre de leur famille. Cela représente une femme toutes les dix minutes dans le monde.  

Dans de nombreux pays, on prend de plus en plus conscience de la nécessité d’une législation spécifique. Ainsi, la Moldavie a récemment adopté une définition légale du féminicide après une forte pression de la société civile, à la suite d’un meurtre très médiatisé. Cette évolution montre que les pays recherchent des réponses plus structurelles. Avec cet événement, la Moldavie rejoint la Belgique pour donner le ton sur la scène internationale. 


 

La Belgique, pionnière en Europe 

La Belgique se distingue par sa législation complète en matière de prévention et de lutte contre le féminicide. Notre pays a été l’un des premiers en Europe à adopter une loi-cadre intégrée sur le féminicide et les homicides liés au genre. 

Dans notre pays, 185 cas de violence entre partenaires sont signalés chaque jour (2025). Ce chiffre reste élevé pour la troisième année consécutive et est en hausse depuis 2021. La plupart des auteurs de violence entre partenaires ont entre 30 et 49 ans. Dans 7 cas sur 10, les suspects sont des hommes. Ces chiffres montrent pourquoi il est important de disposer d’un vaste cadre législatif en matière de féminicide, au lieu d’un cadre uniquement pénal. 

« Toutes les deux semaines, une femme est assassinée dans notre pays. Derrière chaque chiffre, il y a une vie brisée, une famille en deuil, une société défaillante. Cela reste inacceptable. Je suis déterminé à faire reculer autant que possible le nombre de féminicides. Cela demande du courage politique et une législation forte, ce que nous avons. Nous devons conserver ce rôle de pionnier, le renforcer et l’assumer à l’échelle internationale », ajoute le ministre Beenders. 

La force de la loi belge réside dans son approche globale. Il ne s’agit pas seulement d’une pénalisation, mais d’un vaste cadre de prévention et de protection qui combine différents leviers : 

  • Des définitions légales claires, dont celles de féminicide intime, non intime et indirect, ainsi que celles d’homicide liés au genre et de violences préalables telles que le contrôle coercitif.
  • La collecte obligatoire de données et d’informations, qui permet de cartographier systématiquement le phénomène et d’identifier des schémas. Cette collecte doit permettre à la police et à la justice de prendre de meilleures mesures pour prévenir les féminicides, mieux protéger les femmes et intervenir plus tôt (interdiction de contact, alarme antirapprochement, etc.).
  • Renforcement de la protection et du soutien des victimes, avec une reconnaissance explicite des enfants exposés à la violence en tant que victimes.
  • Renforcement de la formation des professionnels de la police, de la justice et des services d’aide.
  • Évaluation et gestion obligatoires des risques afin de prévenir toute escalade. La police doit toujours procéder à une évaluation approfondie du risque d’escalade de la violence. Par exemple, au moment où une personne dépose une plainte.   
  • Un comité scientifique chargé de l’analyse rétrospective des féminicides et des homicides liés au genre, en vue de formuler des recommandations structurelles pour la politique. Les féminicides ne se produisent généralement pas de manière soudaine. Ils sont précédés de signaux d’alerte. Ceux-ci devront être identifiés par des recherches de qualité, afin de pouvoir intervenir plus rapidement. 

 

Reconnaissance du féminicide indirect 

La Belgique reconnaît également le féminicide indirect, et notamment le suicide résultant de violences entre partenaires ou intrafamiliales. Une étude menée en 2015 à la demande de l’Institut montre que les victimes de violences entre partenaires rapportent dix fois plus de pensées suicidaires et sont cinq fois plus susceptibles de commettre une tentative de suicide. 

La reconnaissance de ce lien dans la loi met en évidence l’impact profond et durable de la violence et oblige les responsables politiques à prendre au sérieux cette réalité cachée. 


 

Appel à la coopération internationale 

En participant à la Commission de la condition de la femme (CSW), le ministre Beenders souhaite convaincre d’autres pays de l’importance d’un cadre législatif intégré, échanger les bonnes pratiques et partager les expériences.   

Nous devons convaincre le plus possible de pays de s’engager en faveur des droits des femmes. Il s’agit d’un appel international à l’action pour lutter contre la violence à l’égard des femmes. « Il faut plus que des lois. Il faut un cadre juridique clair qui permet la reconnaissance, la collecte de données, la protection et la prévention. Cela fait du féminicide un domaine de politique structurel au lieu d’une série de tragédies isolées », explique Rob Beenders. 

À New York, la Belgique veut faire passer le message que le féminicide est un problème mondial et que des solutions structurelles, ancrées dans la loi, sont essentielles pour sauver des vies. « À une époque marquée par des pressions sur la démocratie et un backlash croissant contre les droits des femmes, nous devons justement défendre avec encore plus de force nos accords internationaux sur les droits humains et l’égalité des genres. Lorsque les femmes ont un accès égal à la justice, c’est l’ensemble de la société qui y gagne. L’égalité pour les femmes signifie des démocraties plus fortes pour tout le monde », conclut le ministre Beenders.